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Abbé Christian Venard : « Je ressens un manque d’enthousiasme chez ceux qui doivent conduire le troupeau »

Les messes pourraient être ré-autorisées en France à partir du 1er décembre. Quelle a été votre réaction à cette annonce ?

Pour être franc, je n’attendais pas particulièrement cette décision : étant désormais résident monégasque, nous ne sommes pas soumis ici aux décisions françaises ! Mais d’abord, j’ai ressenti de la joie bien sûr. Comment ne pas se réjouir si les fidèles catholiques français ont de nouveau la possibilité de participer à la messe ? Mais aussi de l’incompréhension devant ces décisions d’un gouvernement républicain laïc qui, selon sa propre Constitution, ne reconnaît aucun culte. Selon la loi de 1905, une fois la porte de l’église franchie, le seul responsable de « la police » est l’affectataire. En l’espèce, il reviendrait au curé d’organiser le culte, selon les règles sanitaires édictées par l’autorité civile, et si cette dernière trouvait un ou des manquements, elle aurait alors à saisir la justice, selon les règles dans un État de droit…

Avez-vous eu des retours sur les échanges entre Gerald Darmanin et les évêques lundi ?

Pas plus que ce qui a été communiqué par la CEF (Conférence des Évêques de France). Les prises de positions de certains évêques depuis, le retrait du débat de certains autres, font penser que le gouvernement français n’a pas dû être bien compréhensif, et que l’épiscopat, ou du moins ceux qui le représentaient, n’a pas voulu aller à l’affrontement. [...]

César ou Dieu : une querelle de clochers ?

Nous avons lu, ici et là, les demandes – pour ne pas dire « les revendications » –  concernant la messe, ainsi que la colère des fidèles tradis s’insurgeant contre l’interdiction qui leur était faite de communier dans la bouche. Loin de moi l’idée de les trouver excessives ! Car la messe est une « activité essentielle » qui profite à tous et l’Eucharistie, un pain de vie que le fidèle partage avec ses frères. Notre religion et la foi ne sont pas une vie intérieure ni une religiosité. C’est parce que la sensibilité y trouve sa part que le rituel de la messe est rigoureux, canonique : afin de soustraire l’acte liturgique qu’est la messe, ainsi que la célébration des sacrements, à la fantaisie de chacun.

Notre religion n’est pas « une religion de l’amour » fût-il l’amour augmenté cher à nos philosophes et nos économistes. Véritable révolution copernicienne, le christianisme est la Révélation de Dieu fait homme qui nous sauve par son Fils. Ce n’est pas rien. « Sauver » : ce verbe n’est plus guère employé dans les prêches. « Sacrifice » non plus : cela heurterait trop nos « sensibilités » et nous culpabiliserait. Qu’elle est grande, cette religion ! Parfois, à les entendre, je me demande si nos élites n’envient pas ceux qui la pratiquent ! Voyez mon mauvais esprit ! En tout cas, elle n’est pas fumeuse, sentimentale, évanescente, notre religion. Elle a un contenu dogmatique, elle use de symboles au sens fort du terme. C’est à dire de signes de reconnaissance entre deux réalités, infiniment éloignées l’une de l’autre – l’humain et le divin – qu’il rapproche pour en faire une réalité nouvelle. Donc, le rite qui « actualise » la présence eucharistique sous la forme traditionnelle qu’elle revêt dans la communion, sont à prendre avec infiniment de respect.

Cela dit, qu’il me soit permis de répondre à la lettre d’Olympia De Poortere, adressée récemment à l’Archevêque de Paris pour les propos malheureux qu’il a tenus sur les ondes de Radio Notre-Dame.

Lire aussi : « Un petit business dans leur coin » : la réponse d’une fidèle à monseigneur Aupetit[...]

L’Incomiste débat : la décroissance, une fausse bonne idée ? 2/2

La décroissance s’impose pour préserver nos ressources énergétiques qui sont limitées et vouées à connaître chacune leur pic d’extraction. De plus, le réchauffement climatique nous oblige à revoir radicalement notre mode de vie.

N’y a-t-il pas économiste plus correct que celui qui pense que l’économie dépend majoritairement de trois facteurs : le capital, le travail ainsi que le progrès et qu’une bonne partie de cette science sérieuse est de penser leurs rapports ? L’économie est fondamentalement une grande machine à transformation et ces transformations ne peuvent se faire sans énergie (pétrole, gaz, charbon, nucléaire, biomasse et autres renouvelables). Aucune entreprise, même dirigée par le plus grand entrepreneur- innovateur-créateur de valeur, ne peut faire le moindre chiffre d’affaires sans énergie. Énergie sous forme de corn-flakes le matin, énergie encore sous forme pétrolière pour faire avancer sa voiture, énergie toujours sous forme électrique et nucléaire pour envoyer son e-mail et le stocker dans plusieurs data centers. L’énergie est la variable qui est la mieux corrélée au PIB mondial et ce depuis que le PIB est mesuré. La « croissance » est, avant toute chose, la croissance de l’énergie disponible et consommée.

Pic d’extraction

L’énergie mondiale est très fortement fossile (80 % sont issus du pétrole, du gaz et du charbon). Or une chose est certaine : toutes les énergies fossiles connaîtront, tôt ou tard, un pic d’extraction c’est-à-dire un moment où la production baissera, en tendance, de manière inexorable. Prétendre l’inverse équivaut à postuler une quantité illimitée de ressource. C’est impossible sur terre. [...]

La religion intérieure de M. Ferry

En effet, il semblerait que ces catholiques à l’ignorance crasse et à la foi théocratique se soient trompés de religion. Car il y la religion qu’ils veulent continuer de pratiquer dans une tradition poussiéreuse, et il y a la religion nouvelle de M. Ferry. Car il y a la religion obscurantiste accrochée à des pratiques médiévales de ceux qui croient aux sacrements, et la religion éclairée par des pratiques modernes de M. Ferry. Car il y a la religion de ceux qui croient que la santé de l’âme prime sur la santé du corps, et il y a la religion angélique de M. Ferry. Car il y a la religion de fidèles complètement stockholmisés par des dogmes, et il y a la religion autonome de M. Ferry. Car il y a la religion pharisaïque de ceux qui veulent donner corps à leur foi dans espace-temps donné, et il y a la religion enfin débarrassée de toute pratique encombrante de M. Ferry. Il y a la religion vulgairement extérieure d’une foule de fidèles, et il y a la religion intérieure de M. Ferry.

Le refrain de l’autonomie, de l’intériorité, est désormais trop connu pour nous tromper, mais il importe de le dénoncer encore publiquement. C’est le vieux refrain kantien du passage de l’hétéronomie à l’autonomie, il n’a produit que l’individualisme délétère qui mine aujourd’hui toute possibilité de construire une société

Selon M. Ferry, la religion chrétienne est la religion de l’intériorité tandis que l’extériorité serait l’apanage d’un autre monothéisme, comme il a eu lui-même le courage de ne pas le nommer. Et les deux extraits de la Bible cités à l’antenne (la femme adultère et un déjeuner avec des pharisiens) de justifier cette exégèse relativiste. Mais si M. Ferry se convainc encore des sophismes frelatés de la modernité, tel que ce dualisme cartésien là pour se donner bonne conscience de pratiquer la religion comme on l’entend dans son coin, ils ne convainquent plus que ceux qui comme lui confondent liberté et autonomie. Le refrain de l’autonomie, de l’intériorité, est désormais trop connu pour nous tromper, mais il importe de le dénoncer encore publiquement. C’est le vieux refrain kantien du passage de l’hétéronomie à l’autonomie, il n’a produit que l’individualisme délétère qui mine aujourd’hui toute possibilité de construire une société. Et si M. Ferry parlait vraiment avec une connaissance intérieure de ce que la foi catholique propose à ses contemporains en terme d’éthique, il saurait qu’entre ces deux extrêmes Jean-Paul II a trouvé l’intervalle suffisant pour proposer dans Veritatis Splendor une théonomie participée. La méconnaissance de M. Ferry est regrettable pour lui-même, pour les catholiques qu’il blesse par cette leçon grossière, et pour les auditeurs dont l’intelligence n’est pas respectée à cette occasion.

Lire aussi : La Hongrie de Orban : un exemple à suivre en matière de politique familiale ?

Parce que s’il y a une religion qui assume la dimension corporelle de l’être humain c’est bien la religion catholique (l’incompréhension peut venir de ce que le rapport à cette dimension est vécu d’une façon ordonnée à un plus grand bien qu’est le bien de l’âme, et non pas d’une façon dérégulée). Car comme l’annonçait déjà St Grégoire le Grand à ses détracteurs : « Nous aimons le plaisir, et nous l’aimons plus que vous, car nous l’aimons d’une façon ordonnée. ». A travers la foi en Jésus-Christ fils de Dieu, les catholiques annoncent un Dieu fait homme (révélation unique dans l’histoire de l’humanité soit dit en passant), c’est-à-dire un Dieu qui a assumé pleinement la nature humaine, et qui l’a assumé jusqu’au bout, avec ses joies et ses peines, jusqu’à la mort sur la croix. Et les pères de l’Eglise d’ajouter : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu ». C’est-à-dire que les catholiques annoncent qu’il y a dorénavant du corporel en Dieu. Et le moindre lecteur de Thomas d’Aquin pourrait expliquer l’ordonnancement du plaisir à la joie. Sans parler de la foi en la résurrection des corps … Bref les exemples et les arguments ne manquent pas pour démontrer toute l’importance de la dimension corporelle, et donc pas qu’intérieure, de la religion catholique. A votre dualisme je ne réponds ni âme d’un côté ni corps de l’autre, mais une âme dans un corps. Et c’est pourquoi justement la religion catholique ne peut échapper à une forme d’extériorité : parce qu’il croit qu’il est âme dans un corps, le catholique accepte que sa prière et sa foi en des réalités invisibles passe par des signes extérieurs visibles, cela s’appelle des sacrements, ils sont considérés comme étant essentiels par les catholiques, et la messe organise l’un de ces 7 sacrements.

De plus, dans le catéchisme de M. Ferry, nous apprenons que l’Eglise n’aurait jamais rendu la messe obligatoire. J’ai failli m’étouffer … Il faut dénoncer tout bonnement le mensonge de M. Ferry (cf. §1389 du Catéchisme de l’Eglise Catholique). L’attachement des fidèles à la messe est en fait multiple et choisi, au-delà de cette prescription. J’ai écrit multiple, j’en citerai deux aspects majeurs : la communion et la communion.

Pour ces fidèles la messe n’est pas obligatoire, mais elle est nécessaire en ce qu’elle est source et somme de leur vie spirituelle. Elle est pour eux un bien essentiel au même titre que n’importe quelle autre nourriture. Car pour le catholique, communier à l’occasion de la messe est ingérer une nourriture proprement spirituelle sous l’apparence d’un morceau de pain, une nourriture qui nourrit l’âme. Quand le catholique affirme qu’il souhaite communier le dimanche parce que cette nourriture spirituelle est aussi importante pour l’âme que la nourriture matérielle pour le corps, il ne fait que prolonger la fidélité dont les martyrs ont fait preuve avant lui : celle de ne pas renier leur foi car ils croient que l’âme survit au corps.

Pierre Robin : Deux ou trois choses sur le monde merveilleux du complotisme

Il n’est donc pas le fait de la seule extrême droite, nos médias de grand chemin, ayant par exemple tenté d’expliquer ou de fortement suggérer que Vladimir Poutine était derrière l’élection-surprise de Donald Trump ou le mouvement des Gilets jaunes. Et dans le genre « complotisme de gauche », je conserve le souvenir ému d’un entretien accordé, vers 1980, à Libération par l’archétypal chanteur sinistre et engagé Leny Escudero (1932-2015), qui attribuait la vague du rock – qui avait marginalisé son style de troubadour rive-gauche de gauche – à une opération de la CIA. Leny recyclait d’ailleurs plus ou moins la propagande soviétique sur le sujet.

Moi je suis un garçon simple et je crois donc aux complots, qui sont en fait les classiques manœuvres politiques ou géopolitiques inhérentes au genre humain depuis qu’il a atteint un degré minimum de sophistication civilisationnelle. Le tout c’est de considérer que ces manœuvres, à l’instar de la franc-maçonnerie, sont plus discrètes que secrètes, et que du reste le monde moderne est plein de complots qui ne prennent même plus la peine de se cacher, ou si peu. Et de complots qui peuvent foirer, quels que soient les moyens engagés, parce que la vraie règle des affaires humaines, c’est l’impondérable ou l’imprévu, qui ont déjà eu la peau de bien des complots. [...]

Mainstream planétaire des sensations brutes

Ce matin, dimanche, j’ai quitté la messe, préférant le défilé live de Balenciaga à l’homélie. Comment en est-on arrivé à préférer le moche au beau ? L’histoire s’est accélérée en même temps que le cœur de l’homme – qui ne bat plus. Il n’y a plus de désir. On décapite. L’œuvre d’art est devenue un continuum mondain. Inflation, prolifération de signes et circulation illimitée. On a encore parfois besoin de l’autre pour libérer son corps. Comme on a besoin de Dieu pour se libérer du néant. Néant pour néant. Ne pas dépasser le nécessaire. On participe gentiment au système qu’on critique. Aucune réalité n’existe hors du trucage. C’est l’assomption de l’artificiel et de la cosmétique. La réalité est d’accepter de devenir putain.

On n’est jamais plus déçu que face à quelque chose qu’on a désiré. Dans Qu’est-ce que la métaphysique, on apprenait que le néant était la condition qui rendait possible la révélation de l’existence, Dasein, être-là. Être tous les jours dégoûté par ce que ce monde valorise. Et le vouloir, encore. Sur écran géant. Dans les pires remix.

Nos grands idéaux sont écrasés. L’esprit devient aliénable, assignable, enchaîné. S’exprimant de plus en plus sur des futilités. Badinant sur l’essentiel. Les tourments sont une distraction. [...]

L’Incotidien #108

Au programme du jour


– Pourquoi il ne faut pas se réjouir de la loi anti-islam

– Où est donc passé la ferveur pastorale ?

– 18 novembre 1738, traité de Vienne, la Lorraine devient française

– High Life, de Claire Denis : Dans l’espace, personne ne vous aime

– Nous vivons dans un pays soviétique !

Et aussi la minute culture, la Pellanerie, le con du jour, la minute idée et bien d’autres méchancetés.


A lire ici …

Projet de loi sur le « séparatisme » : les principes républicains ont bon dos

Il ne s’agit plus avec le projet de loi présenté au Conseil d’État d’un texte luttant contre le « séparatisme » – et l’on peut, soit se féliciter de la disparition d'un terme qui ne voulait rien dire, soit s’inquiéter qu’on efface ce qui semblait encore trop cibler le terrorisme islamique  – mais « confortant les principes républicains ». Cela laisse rêveur quand on sait la facilité avec laquelle les juges inventent ou manipulent de tels principes pour servir la cause progressiste – la « fraternité » en étant un exemple récent sous la plume du Conseil constitutionnel. Et quand le titre premier du projet de loi se propose de « garantir » leur respect, on se demande bien de quoi notre État « garantit » encore le respect dans certains territoires…

Ce texte, qui se voulait une réponse aux violences terroristes, apporte peu de choses nouvelles sur la lutte directe. Effet du meurtre de Samuel Paty, il permet de protéger les agents du service public contre les menaces et les violences d'individus pour des motifs tirés de leurs convictions, avec des peines pouvant aller à cinq ans de prison et 75 000 € d'amende, à quoi  peut s’ajouter une interdiction du territoire.

Cette protection est étendue à d’autres, puisque « le fait de révéler, diffuser ou transmettre, par quelque moyen que ce soit, des informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle d'une personne permettant de l'identifier ou de la localiser, dans le but de l'exposer, elle ou les membres de sa famille, à un risque immédiat d'atteinte à la vie ou à l'intégrité physique ou psychique, ou aux biens » sera puni de trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. On augmente par ailleurs le fichage, en intégrant à côté des auteurs d’actes terroristes les individus coupables de provocation ou d'apologie d'actes terroristes. [...]

L’Incorrect

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