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Dandys débraillés
Le spectacle des rues nous réserve bien des surprises par l’éclectisme vestimentaire qu’il nous révèle : l’homogénéité, qui n’avait d’autre fondement que la reconnaissance de ses semblables laisse désormais la place aux mélanges bigarrés en un nouveau code social, où la fantaisie semble dominer la convention. Sans aucune référence à Cocteau qui revêtait volontairement un duffle-coat par dessus son smoking, nul ne s’étonne désormais de baskets chaussées sous un costume ni d’une nuisette portée par dessus un pantalon : tout devient possible, la règle étant le mélange improbable ne se basant, contrairement à l’auteur de L’Aigle à deux têtes, sur aucun référent culturel. Tout a commencé dans les années soixante-dix en donnant le coup d’envoi du rejet de la bourgeoisie : à l’uniforme costume-cravate s’est substitué celui du jean’s et du t-shirt. Suivant la marque de fabrique de certaines vedettes de variétés comme Gainsbourg, le débraillé, le pas coiffé, le mal rasé appuyé par l’ivrognerie, la facilité se substituant à [...] Suite à lire dans le dernier L'incorrect et en ligne pour les abonnés.
Des revendications conservatrices
On essaie de les faire passer à la trappe, mais les quarante revendications portées globalement par les Gilets jaunes témoignent de la volonté d’un peuple de ne pas disparaître, et pour cela de rétablir un monde décent. Passage en revue du génie de ce peuple éminemment politique qu’on appelle les Français. Incohérentes » « inapplicables », « contradictoires »: la quarantaine de revendications envoyées le 29 novembre par les Gilets jaunes aux médias et aux députés n’ont pas beaucoup fait parler d’elles, quand elles se présentaient pourtant comme les « directives du peuple » que les députés devaient « transposer en loi » et « faire appliquer ». Volonté de ne pas voir l’éventuelle cohérence du mouvement et de le discréditer? Mais il faut peut-être savoir écouter pour comprendre, et se faire à l’idée que la cohérence d’une pensée ne résulte pas seulement de sa mise en forme selon ces plans que l’on apprend à rédiger à l’ENA. Que trouve-t-on dans ces propositions ? Suite dans le hors-série spécial gilets jaunes et en ligne pour les abonnés.
Charles Millon « Ils ne supportent plus cette élite qui les traite de bouseux et de ploucs »
Ancien président de région pendant plus de dix ans, Charles Millon défend une tradition girondine selon laquelle les politiques doivent être élaborées et exercées au plus proche des gens qu’elles concernent. Quelles sont les causes de ce mouvement ? Au-delà des causes profondes qui ont été analysées avec pertinence par Christophe Guilluy et Jean-Pierre Le Goff, il y a une cause immédiate qui réside principalement dans l’attitude du président de la République et de son entourage par rapport aux Français. Leur arrogance, leur mépris, sont le ferment de la révolte. Les Français sont prêts à accepter des sacrifices, des remises en cause, mais refusent d’être méprisés. Ce qu’Emmanuel Macron n’a pas compris, c’est que pour gouverner son peuple il faut l’aimer, le respecter et l’écouter. Son attitude a provoqué sinon révélé une rupture très profonde, s’inscrivant dans la droite ligne de ce que disait Hilary Clinton lorsqu’elle parlait des « déplorables » américains. Les [...] Suite dans le hors-série spécial gilets jaunes de L'incorrect et en ligne pour les abonnés.
Yasmine Benzelmat : debout la chance
Elle vient de Toulouse. Sa mère est espagnole, son père est marocain bien que né en Algérie. Ils ont tous deux la nationalité française. Son mari est un quart algérien, un quart français, et à moitié ukrainien. La vie de Yasmine Benzelmat commence comme une blague belge. Rien ne prédestinait cette fille d’une famille aisée de gauche à devenir une élue capable de claquer la porte du Front National car « trop à gauche ». C’est pourtant ce qui s’est produit en décembre 2017. Ulcérée par les atermoiements du parti de Marine le Pen, elle claque la porte du FN en septembre 2017. Ras-le-bol des signaux envoyés exclusivement au électeurs de la France Insoumise alors que leur report de voix au second tour de la présidentielle est inexistant. « Tant qu’il y avait l’équilibre entre Marion Maréchal et Philippot, ça allait. Tout le monde était satisfait, on ratissait large. Il y avait une famille très sociale, très étatiste, de gauche, et une famille plus axée famille et nation. À partir du moment où Philippot a commencé a avoir une emprise sur le parti, ça a commencé à me déranger ». Comme pour beaucoup d’électeurs du Front, le point de rupture a été atteint pendant la présidentielle : « Le prétexte [...] Suite dans le numéro 15 de L'incorrect et en ligne pour les abonnés.l
Le gilet jaune est-il de droite ?
Notre maître des élégances de la droite passe en jugement le gilet jaune. Il convient de revenir aux sources. C’est le 13 février 2008 que le Comité interministériel de la sécurité routière (CISR) a décidé « de rendre obligatoire la présence dans tout véhicule d’un gilet de sécurité et d’un triangle de pré-signalisation », c’est le 30 juillet 2008 que paraît le décret n° 2008-754 définissant la mise en application des décisions annoncées lors du CISR du 13 février 2008 et c’est le 1er janvier 2016 que rentre en vigueur « l’obligation pour les conducteurs de deux et trois-roues motorisés d’avoir à bord de leur véhicule (filet, coffre…) un gilet de haute visibilité, afin d’être visibles lors d’une panne ou d’un accident. » Ce gilet doit être « un gilet de sécurité fluorescent homologué, avec un marquage CE apposé sur celui-ci ». Jusque-là, reconnaissons que cette contrainte administrative à base de matière fluorescente et à l’arrière-goût européiste ne présente rien qui soit très dextre. La haute visibilité n’évoque ni la haute couture ni la haute époque. Ça sent l’uniforme laid, on n’est pas loin de la livrée de bagnard (costume jaune et bonnet rouge) et de la flétrissure honteuse.
Pour le peuple et pour le Roi ! Des royalistes sur les barricades
Ils sont venus, ils sont tous là : quand la révolte gronde, tous les mouvements qui ont quelque grief contre le régime descendent dans la rue et montent sur les barricades. L’Action française y était. Témoignage. Les royalistes sont de sortie, et la République tremble. « On voit surtout un drapeau avec des fleurs de lys, qui illustre la monarchie et la volonté d’un retour du Roi », nous explique doctement Sylvain Boulouque sur BFMTV dans une analyse bouffonne de la participation d’une certaine « ultra-droite » aux manifestations des Gilets jaunes. Passons rapidement sur le drapeau et sur l’ultra-droite : l’étendard brandi lors de la manifestation est, en fait, le drapeau de la Picardie ; quant à l’ultra-droite, Jean-Yves Camus, le précisait dans Le Bien Commun du mois de novembre : ce terme ne recouvre aucune réalité. C’est un montage sémantique utilisé d’abord par les médias qui n’a pas d’existence sociologique. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
On perd Doel
La multinationale Auchan va faire cultiver les centaines d’hectares qu’elle possède autour de ses hypermarchés pour se fournir « localement ». Après les caissières, les paysans Auchan™. Les médias raffolent déjà du concept de « fermes urbaines » dans des tours de verre, comme ce projet à Romainville ou à Doel aux Pays-Bas. Dans le silence général, une enquête du belge Chris de Stoop raconte l’envers du décor : la disparition des fermes et de la nature paysanne. Ceci est ma ferme (Christian Bourgois) est le titre de ce récit à la fois touchant et terrifiant. C’est le cri du frère de l’auteur adressé aux administrateurs du port d’Anvers et à leurs alliés paradoxaux « Les gardiens de la nature », à tous ces expropriateurs qui se succèdent au village de Doel. Dans le cri de désespoir de ce vieux garçon, pauvre chrétien qui finira par se suicider, on entend bien sûr « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, livrés pour vous… » Mais nulle espérance dans l’ancienne Zélande. Les polders (terres asséchées pour la culture) de cette contrée ont été réalisés au XIIe siècle. Ce sont les champs « les plus féconds d’Europe ». On y fait paître les vaches, on y cultivait le lin, avant le maïs. Alors, pourquoi les supprimer? Parce qu’ils sont limitrophes du port d’Anvers qui s’agrandit encore et encore, pour faire entrer des porte-containers plus hauts que des cathédrales. Pour compenser la bétonisation, les écologistes ont obtenu la création de « zones naturelles protégées ». Pour cela, il faut une fois de plus grignoter sur les polders, « dépoldériser », c’est-à-dire exproprier les paysans. Chris de Stoop appelle cela de « l’écocentrisme ».
Gilets jaunes acte 666 : Patrick Eudeline annonce la fin du monde pour le 22 décembre prochain
Et même les gants. De beaux gants de cuir, solides. Pour se protéger de l'hiver et renvoyer les grenades. Et même les casques. Des casques de motos. Un truc qui vous coûte une dixième de SMIC au bas mot. Comme les masques, les écharpes, les lunettes de piscine ou de ski, et même les foulards et écharpes ou le jus de citron, Maalox ou sérum physiologique indispensables pour laver ses yeux en larmes. Ils ont tout pris. Même les drapeaux français. Les street medics se sont vu enlever leur matériel de premiers soins, les journalistes indépendants leurs caméras. Et tous ces objets confisqués, bien sûr, ne peuvent être rendus. « On n'est pas une consigne ». Pire, sans doute. Comme en témoignent ces vidéos sur Internet, ils leur ont demandé – sur plus d'un poste de contrôle – d'enlever leurs... gilets jaunes. Histoire de minimiser leur nombre, bien évidemment. Tout cela sous ordre, bien sûr. Ceux qu'on forçait ainsi à jouer les chiens de garde du système pensaient, eux, à leurs heures supplémentaires impayées. Peut-être même que cette rage, paradoxalement, les poussait à cogner plus fort, alors qu'ils auraient aimé être de l'autre côté. C'est sur eux-mêmes qu'ils tapaient, auraient probablement prétendu Freud et Lacan.

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