
Culture


On avait déjà rencontré le peintre pour ses magnifiques Épiphanies exposées aux Bernardins il y a deux ans. Sa technique de lavis et sa manière de peindre autour du blanc comme pour révéler la lumière brute, déjà présente, frappait le spectateur par un effet de pluie lumineuse qu’auraient déclenchée des circonstances spéciales : celles de certaines scènes bibliques, alors, auxquelles il rendait, en dépit du flou de sa touche, toute la précision vivante. Par sa figuration renouvelée dans l’éclat liquide, Boissoudy réanimait ces moments clés des évangiles, livrés à nous dans cette espèce de tremblement de l’instantané, d’éblouissement à la fois naturel et surnaturel, comme on ne l’avait jamais aperçu ailleurs.

À un autre degré du mystère
Après ces « épiphanies », autant de manifestations de la lumière divine par la lumière naturelle, Boissoudy nous offre aujourd’hui des « kairos », ces « moments favorables », puisqu’en grec, le terme désigne une opportunité décisive.…

Quand j’ai décidé de faire cette série, j’avais déjà écrit le roman sur l’orgueil, j’ai eu ensuite l’idée de tirer le fil et d’élaborer tout un cycle. Ensuite, très franchement, j’avais le choix et j’avais déjà mes six autres histoires, mais j’avais envie d’écrire maintenant cette histoire de tableau fantastique. Les autres sont des histoires chacune très différentes mais il y a un lien entre les romans, un même personnage à la Calgiostro qui apparaît à chaque fois, avec les yeux vairons et les lettres « MH » pour initiales. C’est toujours lui qui déclenche le péché. Dans L’Île de l’orgueil (le premier roman du cycle, ndlr), il était le romancier qui renonce à écrire et il intervient dès lors pour donner du sens aux romans que j’écris et ainsi réaliser, en quelque sorte, des romans in vivo. C’est donc une espèce de double. Si le premier livre relevait du thriller psychologique à la Daphné du Maurier, là, je voulais élaborer quelque chose de moins construit, une suite de portraits développant quelque chose de vénéneux, de capiteux, de plus formaliste, fin-de-siècle. J’aime cette littérature de la fin du xixe siècle, morbide et complaisante… [...]

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J’écris dans l’esprit du Carême, chère lectrice, la cendre au front et de l’eau coupant mon vin, me promettant de ne dénigrer personne (du moins sans raison impérieuse), de saintes lectures attisant ma soif spirituelle, les yeux souvent révulsés vers les réalités d’en-haut qu’on voit mieux depuis l’intérieur du crâne et c’est ainsi, cher lecteur, que j’en suis venu à être à nouveau ébloui par Bernard de Clairvaux et ses aperçus fascinants sur les corps. Non, je ne transformerai par cet humble édito en homélie plombante, mais laissez-moi tout de même vous exposer la chose et nous reviendrons mieux à l’actualité que je suis censé attaquer ici, vous verrez, avec plus d’impact, même, grâce à la hauteur où le cistercien nous aura élevés avant de rejoindre notre sujet en tombant comme la foudre. Voilà : tout être possède un corps, l’animal parce qu’il ne peut exister sans, l’homme pour que ce corps lui permette, en percevant le visible, d’accéder à l’invisible ; l’ange pour qu’il puisse opérer la charité céleste, que ce corps soit éthéré ou capable de soudaines condensations matérielles (Bernard n’est sûr de rien sur ce point mais précise qu’on s’en fout un peu).…

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