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« Les Rayons et les Ombres » : filmer l’Occupation, de Louis Malle à Xavier Giannoli
Faire un bon film sur la collaboration, c’est peut-être d’abord ça : comprendre ce qui a survécu du nazi en nous. Comment les démocraties modernes ont pu composer avec les nazis qui ont survécu, d’une part, mais aussi comment le nazisme a survécu dans nos cœurs. Xavier Giannoli s’empare du sujet à bras-le-corps, c’est le moins qu’on puisse dire. Imaginez un peu : une fresque de plus de trois heures sur deux figures oubliées (ou soigneusement mises sous le tapis) du collaborationnisme : le magnat de la presse Jean Luchaire et sa fille Corinne, starlette des années 30 que l’Occupation a freiné dans son élan et vouée à devenir, dans la mémoire de tous, une « pute à boches ». Tous deux ont profité des fastes et des largesses obtenues grâce à Otto Abetz, ami proche de Luchaire qui devient ambassadeur du Reich dans le Paris occupé, et se sert de leur aura pour cimenter une pseudo-amitié franco-allemande – au moment même où la rumeur des Alliés commence à donner à la France occupée un parfum de cendres. [...]
« Kairos » : Boissoudy illumine la Galerie Guillaume

On avait déjà rencontré le peintre pour ses magnifiques Épiphanies exposées aux Bernardins il y a deux ans. Sa technique de lavis et sa manière de peindre autour du blanc comme pour révéler la lumière brute, déjà présente, frappait le spectateur par un effet de pluie lumineuse qu’auraient déclenchée des circonstances spéciales : celles de certaines scènes bibliques, alors, auxquelles il rendait, en dépit du flou de sa touche, toute la précision vivante. Par sa figuration renouvelée dans l’éclat liquide, Boissoudy réanimait ces moments clés des évangiles, livrés à nous dans cette espèce de tremblement de l’instantané, d’éblouissement à la fois naturel et surnaturel, comme on ne l’avait jamais aperçu ailleurs.

© François-Xavier de Boissoudy, par Benjamin de Diesbach

À un autre degré du mystère

 Après ces « épiphanies », autant de manifestations de la lumière divine par la lumière naturelle, Boissoudy nous offre aujourd’hui des « kairos », ces « moments favorables », puisqu’en grec, le terme désigne une opportunité décisive.…

NÉO : l’éclat du côté sombre
Après l’orgueil, vous vous attaquez à la luxure, pourquoi cet ordre parmi les sept péchés capitaux ?

Quand j’ai décidé de faire cette série, j’avais déjà écrit le roman sur l’orgueil, j’ai eu ensuite l’idée de tirer le fil et d’élaborer tout un cycle. Ensuite, très franchement, j’avais le choix et j’avais déjà mes six autres histoires, mais j’avais envie d’écrire maintenant cette histoire de tableau fantastique. Les autres sont des histoires chacune très différentes mais il y a un lien entre les romans, un même personnage à la Calgiostro qui apparaît à chaque fois, avec les yeux vairons et les lettres « MH » pour initiales. C’est toujours lui qui déclenche le péché. Dans L’Île de l’orgueil (le premier roman du cycle, ndlr), il était le romancier qui renonce à écrire et il intervient dès lors pour donner du sens aux romans que j’écris et ainsi réaliser, en quelque sorte, des romans in vivo. C’est donc une espèce de double. Si le premier livre relevait du thriller psychologique à la Daphné du Maurier, là, je voulais élaborer quelque chose de moins construit, une suite de portraits développant quelque chose de vénéneux, de capiteux, de plus formaliste, fin-de-siècle. J’aime cette littérature de la fin du xixe siècle, morbide et complaisante… [...]
Rétrospective Seijun Suzuki : le maître des formes
À la fin des années 60, les grands studios japonais se tournent unanimement vers le cinéma d’exploitation pour concurrencer la télévision et notamment vers le « pinku », c’est-à-dire le cinéma érotique. Étrangement, c’est dans ce genre très codifié que s’émancipèrent plusieurs futurs maîtres, à commencer par Seijun Suzuki qui s’en servit pour expérimenter et parfaire sa vision très personnelle du cadre. La Marque du Tueur, chef-d’œuvre qu’on résume un peu trop vite à son influence capitale (Jarmusch, Tarantino) résume à lui seul toute l’ambition technique démesurée du réalisateur, qui parvient à bâtir une sorte de film abstrait monumental et lyrique à partir d’un scénario qui tient littéralement sur deux lignes. [...]
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Bruno Marsan : uppercut littéraire
Quel est le point commun entre Sylvester Stallone et Richard, petit gars né dans la dèche au Pays basque et élevé par une grand-mère sauvage ? Des origines obscures, misérables et lointainement bretonnes, certes, mais voilà qui semble ténu au lecteur découvrant à l’abord du roman ces deux biographies parallèles. Mais les récits vont peu à peu se télescoper : l’acteur américain fasciné par un combat de boxe mythique invente Rocky et sa revanche sur une vie de chien ; Richard, fasciné par les films de Stallone et sa destinée, s’en invente une grâce à l’éthique implacable qu’il en extrait. Roman initiatique, mais aussi roman de chevalerie moderne en ses débuts, Underdog montrant la puissance du levier identificatoire. En effet, si Perceval est projeté vers son destin après avoir été ébloui par l’apparition de chevaliers, Richard l’est par celle de Stallone, et Stallone par celle de Wepner, comme s’il fallait redoubler l’effet dans une époque aveugle à ces logiques. [...]
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Michel Houellebecq & Frédéric Lo : la douceur d’en finir
En 2000, Michel Houellebecq tout juste auréolé du succès fulgurant et international des Particules élémentaires, collaborait avec le merveilleux Bertrand Burgalat pour mettre ses poèmes en musique et s’offrait même une tournée des plages françaises. Un an avant l’attentat des Tours jumelles, l’écrivain ironisait cruellement sur la destinée de l’homme occidental offrant encore son corps au soleil de l’utopie consumériste. La musique de Burgalat, rétro, psyché, parfois entraînante, conférait à l’ensemble un arrière-plan scintillant et dérisoire, comme une boule à facettes sous un ciel sans dieu. L’entreprise, pour surprenante qu’elle paraissait, s’avérait un projet convaincant et non pas le simple caprice décalé d’une diva des lettres. D’abord Houellebecq, avant de publier quoi que ce soit, avait débuté son œuvre en déclamant ses poèmes en public. Ensuite, il avait toujours hybridé culture pop, sciences et littérature, et cette nouvelle formule produisait également des réactions intéressantes. [...]
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Éditorial culture de Romaric Sangars : Bernard et Gisèle

J’écris dans l’esprit du Carême, chère lectrice, la cendre au front et de l’eau coupant mon vin, me promettant de ne dénigrer personne (du moins sans raison impérieuse), de saintes lectures attisant ma soif spirituelle, les yeux souvent révulsés vers les réalités d’en-haut qu’on voit mieux depuis l’intérieur du crâne et c’est ainsi, cher lecteur, que j’en suis venu à être à nouveau ébloui par Bernard de Clairvaux et ses aperçus fascinants sur les corps. Non, je ne transformerai par cet humble édito en homélie plombante, mais laissez-moi tout de même vous exposer la chose et nous reviendrons mieux à l’actualité que je suis censé attaquer ici, vous verrez, avec plus d’impact, même, grâce à la hauteur où le cistercien nous aura élevés avant de rejoindre notre sujet en tombant comme la foudre. Voilà : tout être possède un corps, l’animal parce qu’il ne peut exister sans, l’homme pour que ce corps lui permette, en percevant le visible, d’accéder à l’invisible ; l’ange pour qu’il puisse opérer la charité céleste, que ce corps soit éthéré ou capable de soudaines condensations matérielles (Bernard n’est sûr de rien sur ce point mais précise qu’on s’en fout un peu).…

Sorties musique de février : critiques du meilleur et du pire
NOUVEAUX APÔTRESTHY WILL BE DONE, SuicideBoys, G59, CD 16€99 SuicideBoys est parvenu au sommet en quelques années, passant des petits clubs enfumés de la Nouvelle-Orléans, d’où sont issus les deux cousins, authentiques white trash issus de la scène punk du bayou, aux tournées des stades mondiaux. Le tout en créant presque un style à part […]
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