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RAP contre RN : le retour des momies

Musicalement, le rap français a toujours eu 15 ans de retard sur le rap US. Idéologiquement, on est plus sur du 35 ans… Outre atlantique, le rap ne se cache plus depuis longtemps d’être une musique ultra-libérale et conservatrice, à l’image des « minorités » qui le portent : Kanye West a fait son coming-out trumpiste depuis un bail, Tyler The Creator raille la démagogie démocrate et Suicide Boys claironne son entre soi de rappeurs white trash. Evolution naturelle pour une musique qui est passée du ghetto aux stades de football en quelques années, et qui n’a jamais caché son opportunisme, tant elle est calquée sur le « capitalisme sauvage » (aka : le narcobanditisme) en vogue dans les quartiers.

En France, c’est un peu plus compliqué, car le rap a longtemps été une musique d’Etat. Sous la férule soviétique de Jack Lang, il est même devenu l’instrument premier de la propagande « ethno-différentialiste » (lol) menée tambour battant avec les ingénieurs sociaux du mitterrandisme (Sos Racisme et autres entités conçues pour entretenir la sécession des « quartiers »).…

© Kinds of Kindness
Kinds of kindness : Lanthimos déçoit encore

Le bruit courait qu’après le pachydermique Pauvres créatures, Lion d’or 2023 à Venise, Yorgos Lanthimos serait revenu à l’essence de son cinéma avec Kinds of kindness, primé pour l’interprétation de Jesse Plemons cette année à Cannes. C’est du moins ce que laissait entendre dans un entretien Willem Dafoe, acteur dans les deux films, déjà quatre rôles au compteur chez Lanthimos, puisque Kinds of kindness est un triptyque de moyens-métrages où les mêmes acteurs se retrouvent d’une histoire à l’autre dans des personnages distincts. Un seul visiblement pourvu d’une même identité résumée par ses initiales, R.M.F., passe de l’un à l’autre et de la mort à la vie, donnant une partie de son titre à chacun des trois chapitres. On aimerait dire qu’on a retrouvé le cinéaste grec à son meilleur (Alps, The Lobster), mais il est fort à craindre que ce dernier film n’entérine sa faillite définitive.…

© Illustration de Romée de Saint Céran pour L'Incorrect
Gérard de Nerval : incognito

Gérard de Nerval n’a pas toujours été culte. Avant d’être panthéonisé, vaporisé en grand romantique, détaillé en notices pour Lagarde et Michard, analysé sous toutes les coutures à l’aune de ses inspirations ésotériques et de ses fulgurances néo-païennes, l’écrivain fut d’abord considéré comme mineur – on le comparait volontiers aux honnêtes artisans Petrus Borel ou Aloysius Bertrand. C’est que le siècle n’avait pas encore pris conscience de Nerval. C’est que le siècle n’avait pas encore compris que ses poètes maudits seraient le creuset d’une métempsychose globale. Il faut dire qu’aucun des grands voyants de leurs temps – Nerval, Rimbaud ou Roger Gilbert-Lecomte, pour ne citer qu’eux, n’avait probablement conscience de porter cette voix qui n’était pas la leur, d’être les hérauts d’un culte secret qui trouverait ses origines dans une tradition ancienne autant que dans les ors d’une modernité fastueuse et déjà abolie. Et il faut dire que, comme tous les poètes suspectés de folie, Nerval a été emporté par sa légende noire : les séjours dans les baignoires -sarcophages du docteur Blanche, les promenades avec homard, les spasmes cyclothymiques en plein jour, et bien sûr la terrible nuit du 26 janvier 1855, où le poète finit pendu à un grillage dans une rue qui n’existe plus.…

© Illustration d'Ophélie Lefort
Jacques Ellul : technique du diable

Le drame du progrès, c’est que toute évolution, dès qu’elle est possible, paraît souhaitable et devient inévitable. « Croire possible le souhaitable est aussi dangereux que croire souhaitable le possible » avertissait Gómez Dávila. Rien pour faire barrage à la volonté « innovante » des uns – et la société perdit la liberté de dire non – jusqu’à ce que ces innovations prennent le contrôle de notre volonté – et l’homme perdit sa liberté tout court.

C’est ce souci de la liberté qui anima Jacques Ellul une vie durant. Né d’une pauvre famille bordelaise, Ellul fut un élève brillant, se rêvant officier de marine mais redirigé par son père vers le droit. Jeune homme, il fait une triple-rencontre déterminante: Karl Marx (lui sera marxien), Jésus-Christ (il se convertit au protestantisme) et Bernard Charbonneau – qui lui apprend à penser et avec qui il se lit d’une touchante amitié. Proche des non-conformistes des années 30 et membre des cercles personnalistes, il rompt avec Emmanuel Mounier sur la question écologique, le jugeant trop technophile, au fond trop conciliant avec le monde.…

© DR
Critiques musicales du mois de juin

XANAX EN MI MINEUR

Il y avait au loin ta Californie, ces souvenirs de cent chansons ratées, mille grains de sable dans une machinerie usée et cabossée, et puis les derniers accords, au loin, d’un air qui ressemble à un été perdu. Où en étais-je ? Juste ici. À côté d’une forêt, vers mon enfance, mes cheveux comme des palmiers, et ton pull, rouge comme un vaccin. Sur l’enceinte, ma connexion Bluetooth était hasardeuse. Sortaient de celle-ci les airs élégants de ce single. J’aime The National. Leur musique m’apaise. C’est un Xanax en mi mineur. Avec eux, toujours l’impression qu’un ami nous ouvre son canapé dépliant alors qu’on est en cavale. « Heaven », oui, « Heaven », comme la voix d’une nuit sans sommeil, d’un petit-déjeuner en tête-à-tête avec soi-même. Toujours ces rythmes qui pleurent comme un cœur arythmique. Comme la mémoire égarée d’une main dans ton pyjama. La chanson était en boucle, encore et encore, comme un verre qui n’en finit pas.…

© DR
Les critiques littéraires du mois de juin

PÉNIBLE

Que faire de Yann Moix ? L’écrivain- cinéaste-polémiste semble se poser la question lui-même. Il faut bien régler ses impôts, et les plateaux de télé payent de moins en moins. Si nous avions trouvé à son gros et sourcilleux journal intime quelques qualités (essentiellement imputables à sa besogneuse vacherie) ce dernier opus, vraisemblablement écrit sur un bout de nappe pendant un transfert à l’aéroport de Pékin, est non seulement d’une totale innocuité mais il semble de plus écrit pour des lecteurs en état de mort cérébrale. Ce dialogue entre Moix et un officier des douanes nord-coréen pour tenter d’obtenir un visa voudrait sans doute renouer avec la tradition du dialogue philosophique, où les différences de points de vue éclairent et amusent. Moix se contente de se servir la soupe à lui-même, aligne les blagues sinistres, s’auto-cite à tour de bras comme si son œuvre et sa vie en valaient la peine – tout en soulignant au Stabylo chaque sous- entendu pour les quelques retardés au fond de la classe qui n’auraient pas compris.…

© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect
Cécile Villaumé : « La personne qui me parle de “femmes puissantes”, j’ai envie de la balancer par la fenêtre »

Il y a dans ces Histoires Siamoises, une sorte de fétichisme de l’œuvre dans l’œuvre…

Comme je n’ai pas d’idée toute seule, je vais en chercher chez les autres. C’est plutôt ça. J’ai toujours eu, je pense, une imagination parodique… On peut dire que j’ai commencé ma carrière littéraire en imaginant enfant des fausses Unes de Détective ! Et puis la parodie donne une trame, le fait d’avoir un modèle vous oblige à garder une sorte de tenue littéraire, à écrire en respectant certaines contraintes.

Un de vos personnages, romancier, dit quelque part qu’être écrivain, c’est être « l’antenne des grands ratés ». C’est une note d’intention ?

C’est un mauvais romancier qui dit ça, quand-même…

Justement la frontière entre bons et mauvais romanciers, vous vous amusez souvent avec…

Vous savez ce qu’on dit, sur les chansons populaires qui disent la vérité, sur les mauvaises ritournelles qui sont les confidentes de milliers d’âmes, tout ça… alors oui, le populaire a du bon, et il est parfois réhabilité sur le tard, regardez ce pauvre Stephen King qui était considéré comme le dernier des béotiens il y a quarante ans.…

L’Incorrect

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