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La jeune garde intellectuelle de la droite : James Matthew Wilson, pour l’amour du beau

Un artiste devenu universitaire, la chose aurait de quoi surprendre en France où le cloisonnement et la spécialisation sont un indépassable. Et pourtant, du désordre général de l’université américaine, James Matthew Wilson a pu tirer profit pour investir les champs de la connaissance qui l’attirait : l’art et la politique, la métaphysique et la théologie.

Une conception large de l’intellectuel qu’il tire d’une lecture assidue de Jacques Maritain, l’un de ses grands inspirateurs : la philosophie n’est pas pour lui une discipline, mais une manière d’appréhender la vie. Originaire du Michigan, fils d’un professeur de biochimie et de neuroscience, James Matthew Wilson a donc débuté poète (le « nouveau formalisme »), avant de devenir professeur d’humanités à l’université de Villanova.[...]

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Sohrab Ahmari, catholique intégraliste

Parmi les intellectuels conservateurs d’outre-Atlantique, Sohrab Ahmari est sans doute l’un des plus atypiques. Né à Téhéran en 1985, il émigre adolescent, aux États-Unis. Communiste dans sa jeunesse, il se lance dans une brillante carrière journalistique et collabore un temps au Wall Street Journal.

À l’issue d’un chemin qu’il raconte dans son autobiographie, From Fire, By Water, il se convertit au catholicisme en 2016, et se fait l’un des critiques les plus acerbes du consensus libéral régnant au sein de l’establishment républicain. En 2019, un débat houleux, très suivi, l’oppose au chef de file de ce courant, le policé David French. L’argument est le suivant : face à l’hégémonie culturelle de la gauche woke, les conservateurs doivent-ils se contenter de revendiquer la liberté d’expression pour tous dans le cadre libéral, ou mettre en place une stratégie plus assertive visant à établir une société du bien commun ? [...]

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Ayn Rand : la papesse de l’ultra-libéralisme aux enfers

L’enfer ne ressemble pas vraiment à l’idée qu’elle s’en faisait. En guise de chaleurs diluviales et de cataractes bouillantes, il n’y a qu’un open-space aux dimensions infinies. Au-delà des vitres teintées, une sorte de brume jaunâtre s’étend dans toutes les directions. Une moquette râpée et légèrement humide recouvre le sol et semble vouloir aspirer ses semelles à chaque pas. L’endroit a l’air désert au premier abord, mais deux types l’interpellent brusquement depuis un box à sa droite. Le premier est un jeune binoclard au front large et le second a l’air d’un inverti légèrement simplet, avec ses bouclettes blondes et ses grands yeux sombres où flotte une vague démence.

Lire aussi : Éditorial essais de l’été : La fin de la démocratie

Gottverdammt, enfin une nouvelle arrivante ! Johann Caspar Schmidt, alias Max Stirner pour vous servir. Cet énergumène â coté se fait appeler Pico. L’énergumène lui adresse un regard distrait avant de se remettre au travail. Il trace fiévreusement des courbes avec une sorte de mine de plomb attachée à un sextant.
– Ne faites pas attention à lui, précise Max Stirner. Il vit mal son cinquième siècle d’éternité.
In coelo est naturaliter dextrum, et illud non mutatur quamis partes orbis mutentur ! glapit Pic de la Mirandole en dressant un doigt vengeur vers le faux plafond.
Stirner lève les yeux au ciel et désigne une chaise à la jeune femme.
– Expliquez-nous donc ce que vous faites au Malebolge.
– Le Malebolge ?
– Le huitième cercle ! On ne vous a rien dit ? Vous n’avez pas lu Dante ? Le cercle réservé aux faux prophètes, aux charlatans, aux prévaricateurs et à toutes les langues empoisonnées. [...]

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La jeune garde intellectuelle de la droite : Jennifer A.Frey, thomiste analytique 

Nous devrions regarder plus souvent à l’Ouest. Déjà, au siècle dernier, quand la philosophe Elizabeth Ans- combe se convertissait au catholicisme romain, qu’elle explicitait la pensée de Wittgenstein tout en épousant le philosophe Peter Geach, qu’elle déboulonnait un à un les arguments en faveur du droit à l’avortement, qu’elle accouchait de sept enfants, et finissait par dresser le portrait inimitable de la fragmentation de notre morale moderne et de nos survivances déboussolées de la tradition chrétienne, que faisions-nous, pendant tout ce temps ? Nous buvions le lait caillé de la phénoménologie allemande, avachis sur un existentialisme de divans et d’édredons.

Enfin le xxie siècle vint, et les universités françaises, accueillirent, timidement, la vague analytique anglo-saxonne. Mais, avec des manières de vierge sans pratique, la pensée française empoigna maladroitement les nouveautés du Nouveau-Monde. Nous nous sommes laissé ensemencer par les gender studies et la philosophie des sciences, mais nous n’avons pas vu le néo-aristotélisme et le néo-conservatisme. Tournons-nous vers l’Ouest, et observons les nouvelles égéries américaines. Tenez, au hasard, voici Jennifer A. Frey. Elle est docteur en philosophie, mère de six enfants et de six poulets, comme elle dit, épouse d’un philosophe, belle comme la destinée manifeste, elle a surmonté « Le relativisme démodé » de sa famille pour se convertir à Thomas d’Aquin et au catholicisme. [...]

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[Idées] Jean Vioulac : Marx triste 
Notre époque est, en son essence, celle de la catastrophe, c’est-à-dire du nihilisme. Penser à sa mesure oblige, selon Vioulac, à radicaliser la phénoménologie de Husserl, à démanteler à sa suite les structures métaphysiques pour révéler leur arbitraire flottement au-dessus du néant. La philosophie, devenue archéologie, doit refuser l’Archè, se faire anarchique, et renouer avec sa négativité initiale. Cet anarchisme est une position ontologique fondamentale ; il s’agit, comme y invitait Nietzsche, de « lorgner de l’œil le plus méchant de tous les abîmes du soupçon ». Le regard de Vioulac est méchant certes, mais désespéré plus encore. [...]
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La jeune garde intellectuelle de la droite : Samuel Fitoussi, moraliste 3.0

L’esprit français du moraliste, ce miroir baladé pour déformer par la satire et l’autodérision notre petite comédie humaine, qui préfère à l’exposé systématique du moralisateur les mille vicissitudes du réel, cet esprit disions-nous a trouvé une postérité fertile en la personne de Samuel Fitoussi. Fondateur avec quelques camarades de lycée de la très hilarante Gazette de l’étudiant, le jeune homme dispose d’un talent certain pour croquer des personnages archétypaux, pour en saisir les caractères et les inclinaisons profondes, pour sentir en un mot leur potentiel comique. L’étudiant de Sciences Po, le jeune macroniste, la féministe de Tolbiac ou l’électeur d’Éric Zemmour : tous ont un jour été saisis par l’acide de sa plume, avec ce fond de bienveillance et de drôlerie qui le caractérise.

Jadis anodine, la pratique avait déjà de quoi heurter des jeunes gens ne sachant plus rire d’eux-mêmes, qui s’effarouchent à la moindre généralisation. Au début du mouvement Black Lives Matter pourtant, alors que pullulent des fausses nouvelles en tout genre sur le prétendu racisme systémique de l’État américain, Fitoussi devient sérieux et ose l’incartade. Ne se contentant pas seulement, comme beaucoup alors, d’arguer la différence des cultures américaine et française pour repousser l’offensive racialiste, il démontre, preuves à l’appui, que la police américaine ne tue pas plus les noirs, du fait de la couleur de leur épiderme. [...]

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La jeune garde intellectuelle de la droite : Pierre Valentin, le cauchemar des wokes
Juillet 2021. Une note en deux volets de la Fondation pour l’innovation politique, dirigée par Dominique Reynié, fait sensation : il n’existait aucune étude généraliste en France pour disséquer le phénomène woke qui fait tant de ravages dans le monde anglo-saxon. Avec L’idéologie woke. Anatomie du wokisme, le brillant Pierre Valentin comblait un manque grave en analysant le wokisme à un niveau méta, décryptant les ressorts communs mais cachés (y compris psychologiques) de la théorie du genre et du racialisme, des disability ou des fat studies. Sa conclusion : traque contre toute trace de normes sociales, le wokisme n’est qu’une pulsion négative de destruction de l’ordre existant.
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Législatives : faut-il passer au scrutin proportionnel ?

Devant la nécessité de retrouver un pouvoir légitime en France, nécessaire pour en finir avec une abstention électorale qui progresse à vue d’œil, les constitutionnalistes Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois publient une synthèse de leurs réflexions sur le système proportionnel. Ils démontrent d’abord que le scrutin majoritaire n’a cessé de faire l’objet de critiques diverses quant à la représentativité du corps électoral, avant de conclure aux vertus du scrutin proportionnel : « Permettant une représentation politique plus juste, car plus exacte, plus conforme à la réalité, la représentation proportionnelle va par là-même contribuer à apaiser la Cité ».[...]

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