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Gettr, le seigneur des réseaux : entretien avec Jason Miller

Quel a été votre parcours avant Gettr ?

J’ai fait carrière dans la communication en entreprise et en politique. J’ai dirigé des campagnes électorales pour des sénateurs, des gouverneurs. Et en 2016 et 2020, j’ai été directeur de campagne du président Trump. J’étais aux premières loges et, en particulier en 2020, j’ai pu voir de près les réseaux sociaux et les médias joindre leurs forces pour censurer le débat politique américain. C’est ce qui a déclenché l’idée de Gettr.

Si Gettr avait existé à l’époque, pensez-vous que Donald Trump aurait remporté l’élection de 2020 ?

Tout à fait. Quand on a travaillé sur une campagne qui n’a pas mené à la victoire, on vous demande souvent : avec le recul, qu’auriez-vous fait différemment ? Mon plus grand regret est de ne pas avoir créé une plateforme alternative sur laquelle le président Trump aurait pu s’exprimer. Jamais je n’aurais imaginé que les entreprises de la tech iraient jusqu’à censurer un président des États-Unis en exercice.…

Qui est allé à la messe de minuit ?

En ce début d’année 2022, lorsque nous nous interrogeons ainsi : « qui est allé à la messe de minuit ? » nous ne nous demandons pas : combien de catholiques sont allés à la messe, la nuit de Noël, mais : combien de Français de toutes confessions, catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans, bouddhistes, et même, et surtout, combien d’athées – désormais majoritaires en France – se sont rendus à la messe de minuit cette année ? La question que nous posons n’est pas religieuse. Elle n’est pas politique. Elle est civilisationnelle. Combien se souviennent que cette terre que nous foulons chaque jour et que nous croyons être neutre, « laïque », est une terre chrétienne, culturellement chrétienne ?

En perdant le sens de l’église, le corps politique français a perdu à la fois son socle, son lien, et son destin 

Pourquoi une telle interrogation ? Est-ce à cause des incidents violents qui resurgissent régulièrement, tels que celui qui est survenu au début de la période de l’Avent, le 8 décembre, à Nanterre, où une procession a été prise à partie par une dizaine de racailles islamisées qui ont menacé d’égorgement le prêtre et agressé les fidèles en prière, leur criant : « Ici c’est la terre d’Allah, cassez-vous ! » Est-ce parce qu’il convient de rappeler aux musulmans que s’ils sont les bienvenus en terre chrétienne, ils ne sont cependant pas chez eux, culturellement parlant ? Comprendre : si leur foi est la bienvenue, et si elle devrait se limiter à l’expression d’une spiritualité restreinte au cadre privé, la culture islamique n’a pas sa place en terre chrétienne et devrait en être expulsée ? Pas seulement. C’est surtout parce que le niveau de fréquentation de la messe de minuit est le cardio-fréquence mètre de notre civilisation. [...]

Franc-maçonnerie : exclusion manu militari d’une candidate RN

Même si elle reste discrète, voire secrète dans ses pratiques, la franc-maçonnerie incarne pour ses affiliés « frères et sœurs » une image de tolérance fondée sur le triptyque des valeurs républicaines affichées sur le fronton de nos bâtiments institutionnels. Pour ses adversaires déclarés, la franc-maçonnerie est une société secrète qui influence les politiques, surtout de gauche, pour faire voter des lois progressistes. À vrai dire, il existe autant de franc-maçonneries que d’obédiences et il faudrait distinguer les loges de tendance sociétale (comme le Grand orient ou le Droit humain) et celles de tendance symboliques (comme la Grande loge nationale française, GLNF).

Dans une de ces loges, une exclusion d’ordre hautement politique a eu lieu, restée confidentielle, mais qui devrait faire davantage parler.

La logique de toute entité est le refus de l’exclusion, sauf si un membre de la communauté trahit la confiance ou commet un acte rendant impossible son maintien au sein du groupe : depuis la nuit des temps, chaque groupe d’hommes suit cette règle. [...]

Éditorial de Jacques de Guillebon : Jubilé

« Tu compteras sept semaines d’années, sept fois sept ans, c’est-à-dire le temps de sept semaines d’années, quarante-neuf ans », avant de célébrer le jubilé. Ainsi parle le Lévitique. Chez les Hébreux, c’était alors le temps de la remise des dettes, et le retour des terres et des biens gagés entre les mains de leurs premiers propriétaires.  Nous n’en sommes qu’à quarante-neuf modestes numéros pour notre part, mais cette année neuve est aussi l’occasion de la confession, voire du mea culpa, et peut-être du bilan de ce temps passé ensemble, chers lecteurs, chers abonnés.

Nous sommes nés après les multiples désastres de 2017, annus horribilis qui vit s’enchaîner les défaites dans le camp de la droite – ou des droites, le débat demeure sur leur qualification – et alors que tout semblait perdu, sous le joug d’un Macron-Jupiter tout-puissant, nous avons tenté de relever la tête, en unissant avec de modestes moyens mais de grandes ambitions les innombrables feux politiques, culturels, intellectuels qui consumaient de désir intérieur nos contemporains.…

Gilets jaunes : quel bilan ?

Notre système institutionnel ne parvient visiblement pas à intégrer dans ses mécanismes représentatifs les Gilets jaunes. Or un régime républicain doit en principe offrir les moyens d’incorporer les attentes populaires aux décisions du pouvoir. Cette infirmité démocratique de notre pays s’explique par la manière même dont nos gouvernants ont répondu face aux Gilets jaunes. La crise n’a pas été pas résolue, elle a été étouffée. L’objectif n’a pas été de lui trouver des solutions, mais de simplement la contenir, pour la réduire au silence. Le bilan du mouvement des Gilets jaunes tient en trois conclusions.

L’aveuglement

Il est admis que la révolte des Gilets jaunes trouve sa cause principale dans la désespérance de la France périphérique. L’explosion est née de l’aveuglement des gouvernements successifs, incapables de voir et de comprendre ce sentiment. Il s’agissait de l’expression de la colère de citoyens appartenant aux classes moyennes et populaires des zones périurbaines, abandonnés par les pouvoirs publics, en voie de déclassement économique, ignorés politiquement et se considérant menacés dans leur identité profonde.…

Les ARG sont-ils la mythologie des temps modernes ?

À chaque époque sa manière propre de se provoquer des vertiges, mais aujourd’hui quand la fiction se met à parasiter le réel, on observe de bien curieux phénomènes. La plus mystérieuse de ces nouvelles manifestations de l’imaginaire collectif est sans doute l’ARG (pour Alternate Reality Game – Jeu de Réalité Alternative). Conçu au départ comme un simple outil promotionnel, l’ARG a été récupéré par la culture populaire et quelques créatifs doués qui s’en sont servis pour professer leur vision du monde : une réalité entremêlée au Réseau de façon irréversible. Jouant avec cette esthétique « low fi » des enregistrements perdus qui ont fait les riches heures du cinéma d’horreur des années 2000 : cassettes vidéos ou archives d’un autre monde, l’ARG est avant tout une mise en scène qui utilise son média (souvent un réseau social ou une plateforme) à la fois comme moteur et comme sujet de sa narration. Alors véritable mythologie actualisée par Internet ou ineptie d’ados blêmes ? Marc Obregon penche pour la première hypothèse.

Il y a toujours la volonté de captiver, de provoquer cette « inquiétante étrangeté » chère à la psychanalyse et au fantastique moderne

Oui. Ils relèvent de l’inquiétante étrangeté 

Au départ d’un ARG, il y a toujours la volonté de captiver, de provoquer cette « inquiétante étrangeté » chère à la psychanalyse et au fantastique moderne. Il convient d’abord de créer une brèche dans ce qu’il y a de plus commun, laquelle peut se résumer à un commentaire parmi des milliers d’autres ou un tweet énigmatique devenant soudain viral. Ce peut être une vidéo ou une image fixe autour de laquelle s’élaborent peu à peu les fantasmes des utilisateurs : une chambre vide, un appel à l’aide, un visage masqué. En 2019, Eiffel1812 suscite l’interrogation par un simple post sur Twitter racontant qu’il a trouvé un appareil photo Canon sous un abribus près des Buttes Chaumont. Espérant que son propriétaire se manifeste, il lance un appel à la communauté puis commence à éplucher la carte SD. Commence alors une enquête à la fois rocambolesque et paranoïaque, délivrée tweet après tweet, sur fond de psychose d’attentat et de réseau paragouvernemental secret... En quelques jours, le compte Twitter d’Eiffel1812 explose sa jauge d’abonnés. C’est ainsi que naît un nouvel ARG. L’interactivité est souvent réduite à sa plus simple expression mais dans celui-ci, les internautes sont tout de même sommés de donner conseils et avis, quand ils ne doivent pas enquêter eux-même à partir des indices divulgués par le concepteur du « jeu ». L’enthousiasme des twittos-détectives fait le reste. [...]

Les robes qui volent sont-elles de droite ?

Pour des raisons qui m’échappent, ou que je ne peux considérer sans tristesse, Durex a décidé de lancer « une campagne ludique et authentique », Le Sex en Vrai [sic]. Évidemment, il s’agit moins d’être ludique que d’être « sans tabou », ce qui est quand même devenu une gageure ; je propose d’ailleurs de lancer un Conservatoire national des Tabous, pour la préservation des modalités sociales préhistoriques et historiques telles que la civilité et la bienséance ; mais c’est une autre histoire. Or donc, et comme l’affirme avec force et courage Benjamin Caspari, Category Marketing Manager chez Durex (ça existe), « cette opération répond à notre volonté d’inclusion et de libération de la parole. Nous souhaitons aborder la sexualité de manière ouverte et sans tabous, en parlant de sujets cruciaux comme les premières fois, la confiance ou encore le consentement. Notre but est de donner la parole aux jeunes mais aussi d’informer et de prévenir notamment sur l’importance du dépistage et de la protection ». On n’est pas plus citoyen, au sens républicain du terme (un sens républicain confère à n’importe quel objet, comme le préservatif, une indispensable aura de respectabilité sanitaire et progressiste, comme M. Blanquer a pu le démontrer).

Pour ce faire, Durex a fait appel à l’influenceuse Romy (« Romane pour les intimes. Pocket-sized girl who loves fashion, animals and icetea. »), blonde aux sourcils et au mufle travaillés. Cliquant sur le compte Instagram de Romy, je suis tombé sur un statut du mois d’octobre où Romy affirme qu’elle se sent « cute » en « purple », avec un commentaire éloquent : « Omgggggg ! » ; commentaire émanant de flyingdressfrance, qui vante les mérites de se faire prendre en photo avec une robe de soie volant au vent grâce à sa très longue traîne, et un ventilateur. [...]

Club ou restaurant ?

Les Anglais ont un mode de vie bien à eux, le club, pour se retrouver entre personnes choisies, échanger, se restaurer. Selon le club fréquenté, on sait la classe sociale et les affinités politiques. Les tentatives d’implantation en France de ce lieu de sociabilité ont échoué, sauf exception. Le club n’est pas français, pour de nombreuses raisons, dont la principale tient probablement à la concurrence d’un opposant de taille : le restaurant. Qu’il soit bistrot, brasserie, bar, café, troquet ou grand restaurant, c’est chez lui que les Français se rendent pour se retrouver. Chaque enseigne a ses habitués, fonction de la position géographique, du quartier, des modes et quelques-unes peuvent se prévaloir d’avoir lancé des courants ou regroupé des écoles.

Lire aussi : Chauds les marrons !

Il y a les restaurants littéraires, où l’on déjeune pour converser et décerner un prix : Le Drouant pour le Goncourt et le Renaudot, Le Grand Véfour pour le prix des Hussards, La Méditerranée pour le Médicis, le café de Flore, la brasserie Lip, le Wepler et la Closerie des Lilas ont aussi leur prix.…

L’Incorrect

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