
Société





Polytechnicien, philosophe et chercheur à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, Olivier Rey est notamment l’auteur de Gloire et misère de l’image après Jésus-Christ (Éditions Conférence).
Au-delà des morts survenues lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, peut-on analyser la stupéfaction générale comme la redécouverte tragique de la violence que peut générer la représentation ?
Si en France certains musulmans n’avaient pas déjà été disposés à user de moyens violents, je doute que la publication de caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo eût à elle seule provoqué l’attentat contre la rédaction du journal. Autrement dit, les caricatures ont davantage été l’occasion d’un déchaînement de violence que sa cause unique. Reste que c’est autour de ces images que la violence latente s’est cristallisée. Au huitième siècle, l’empire romain d’Orient fut le théâtre d’une âpre querelle entre les partisans des images du Christ et ceux qui voulaient les proscrire.…

Chantal Delsol est philosophe et membre de l’Institut. Son nouvel essai L’Insurrection des particularités (Le Cerf) paraît en ce mois de janvier.
Il y a dix ans, les Français marchaient dans les rues en déclarant «Je suis Charlie». Le sont-ils encore aujourd’hui ?
En tout cas, il me semble que si c’était à refaire, les mêmes seraient prêts à recommencer. Au moins si les circonstances étaient analogues. Il faut préciser que cet élan de solidarité était dû à deux facteurs corrélés : la volonté de pouvoir injurier une religion, et le fait que les victimes étaient les rédacteurs d’un journal de gauche. Si tout le comité de rédaction de L’Incorrect se faisait assassiner pour avoir publié des caricatures de Mahomet, je ne pense pas que les foules descendraient dans la rue pour crier « Je suis L’Incorrect » !
À l’exception de Charlie Hebdo, pas un média n’a publié – et il est probable qu’aucun ne publiera plus – une caricature de Mahomet par crainte d’une fatwa.…


Non, merci, sans façons. D’abord parce que cette revue est vulgaire et n’a aucun intérêt. Ce qui n’est évidemment pas une raison pour en tuer les rédacteurs et dessinateurs, mais une excellente raison pour ne pas l’acheter. Ensuite, dire «je suis X», au sens de la déclaration qui a mis ce genre de formule à la mode, le «Ich bin ein Berliner» de Kennedy, me semble un peu facile. Se solidariser avec les victimes d’une injustice, voire d’un crime, est quelque chose de tout à fait louable. Le clamer dans une manifestation est également honorable. De même, les marches blanches, les fleurs, les bougies allumées, etc. Cela fait comprendre que ceux qui sont menacés ne sont pas une catégorie particulière, mais que c’est l’ensemble de la communauté nationale qui se sent en danger et tenue de réagir. Mais il ne faut pas en rester là. Il vaut mieux identifier les causes du problème avec le plus de précision possible, et les traiter de la façon la plus résolue. [...]
L’Incorrect
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