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Éditorial culture de Romaric Sangars : Nourritures modernes

« Romary, avec un « i grec » ? – Ah non, non, avec un « c », enfin avec un « i » avant, sinon, ça ferait « Romarc ». La femme demeurait incrédule, l’index suspendu au-dessus de l’écran de sa tablette : « Non, vraiment, je ne l’ai pas… » soupira-t-elle. Derrière elle, les cuistots s’activaient sans faiblir ; derrière moi, la queue s’allongeait ; je voulus la sauver de son hésitation paralysante. « Bon, mettez Adolf. » Elle s’enfonça dans une incompréhension croissante. Quant à moi, je réfléchissais à mon édito, à l’état des lieux de cette rentrée culturelle, à la fréquence de l’i grec dans la langue française, à mon traiteur grec qui ne m’a jamais demandé mon prénom, ni moi le sien, mais qui avait mis les points sur les « i » question décadence de l’époque, en me confiant, deux jours plus tôt, son exaspération.…

« The Mastermind » : le casse-bonbon du siècle
En pleine guerre du Vietnam, un fils de famille artiste raté organise un hold-up au musée de sa ville. Dans un monde idéal, l’invraisemblable crédit dont jouit Kelly Reichardt fondrait comme neige au soleil après une purge aussi atone où les scènes en temps réel butent sur leur ineptie. Le réalisateur tente de compenser l’absence de rythme et la vacuité de son film par une insupportable musique jazzy. [...]
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Sam Sauvage incarne-t-il le renouveau de la chanson française ? Non.
Sam Sauvage est partout, il ravit la presse, remplit la Cigale et sort son premier album, Mesdames, Messieurs !, le 30 janvier prochain. Cela doit-il nous réjouir comme un signe que la chanson française est comme le rock : toujours déclarée morte, sans cesse ressuscitée ? Ce n’est pas si sûr. En effet, celui qui a commencé en sous-Stromae de café-concert, s’apprête surtout à devenir à la chanson française ce que Les Forbans ont pu être au rock’n’roll. À ce rythme, sa carrière ressemblera bientôt au numéro raté d’un transformiste hagard. L’homme semble pourtant sympathique, ce qui devrait me forcer à retenir mes coups de plume. Mais rien n’y fait. Exaspéré que je suis par cette musique qui singe mal celle des autres (Bashung, Lescop, Taxi-Girl, Rita Mitsouko, mais aussi Lomepal et Stromae, toujours) et par ses paroles aux vers qui ne naissent que pour tomber par terre. [...]
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Les critiques littéraires de janvier
PERFECTIONL’IMPARFAIT, Éric Reinhardt, Stock,272 p., 19€90 La collection d’Alina Gurdiel, qui enferme des écrivains dans le musée de leur choix pour qu’ils y passent une nuit et y rêvent un livre hanté par les œuvres du lieu a pu donner des réussites, des aberrations (Christine Angot), mais elle a déjà tellement été illustrée qu’on se […]
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« La Grazia » de Paolo Sorrentino : sous le soleil de Saturne
Vous connaissez sûrement le concept un peu fumeux de « film mental » ou « film cerveau », qui désigne, dans la bouche de certains critiques assermentés, l’idée d’un film hautement conceptuel et dont la forme sera l’exacte représentation symbolique de l’esprit de son réalisateur. La quintessence du film-cerveau serait bien sûr, à ce titre, le Shining de Stanley […]
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Justina Jaruševiciute : Berliner Nacht
Berlin ne se donne pas facilement. C’est pour ça qu’on l’aime. Surtout en décembre, où la Ville Grise prend tout son tempérament : hostile, glaciale, cadenassée. Peuplée de courants d’air. Mais foutrement accueillante aussi, à condition qu’on prenne le temps de s’y acclimater. Qu’on passe certaines portes, qu’on s’aventure dans ses sous-sols, là où la jeunesse du coin s’encanaille à coups de mexi - ces délicieux mélanges de vodka et de tabasco qu’on prend en shot entre deux pintes de bière, histoire de rallumer un peu son gosier anesthésié. Il y a un bar pour tous les états d’esprit à Berlin. Justina Jaruševi?i?t?, cette jeune compositrice lituanienne que j’ai découverte il y a trois ans en fouillant les recoins de Youtube, n’est pas du genre à fréquenter les endroits pour hipsters. D’ailleurs, elle vit à Berlin-Est, à proximité de Rosenthaler Platz, pas l’endroit le plus délirant de la ville, avec ces espèces de troquets typiques du coin, les « kneipe » qui ne payent pas de mine, limite un peu glauques, avec leurs boules à facettes qui tournent mollement dans un coin du plafond encrassé, et qui ocellent un instant les murs en fatigue. Sans compter qu’on y fume beaucoup, ici l’odieuse Loi Evin n’a pas cours et il me faut cligner des yeux deux ou trois fois pour reconnaître mon interlocutrice. [...]
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« Le Mage du Kremlin » : film tract
Dream team de l’Enfer, Olivier Assayas et Emmanuel Carrère se sont appariés grâce au bon argent de Disney+ pour adapter le best-seller de Giuliano da Empoli, Le Mage du Kremlin. Las, le résultat, filmé par le premier dans un style nouveau riche, assomme comme un kouglof au mastic. Cette bio-confession d’une éminence grise de Vladimir Poutine n’est qu’une enfilade de dialogues sentencieux. [...]
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Jean Berthier : viser les angles morts
Jean Berthier a grandi à Saint-Galmier, le village où l’on extrait la Badoit, et sans doute un genre de pétillance naturelle lui vient-il également d’un tel terreau. Vite voué à la littérature, mais aussi au cinéma, il monte après ses études galérer à Paris, navigue en tentant de conserver le temps nécessaire pour créer, enseigne le cinéma, tourne ses premiers films documentaires, publie des textes en revue et se fait également employer comme lecteur pour la télévision publique. De cette expérience de prolétaire de l’industrie du divertissement, il tirera une savoureuse satire pour son deuxième roman, Ici commence le roman (2021), qui s’avèrera, à l’usage, plus caustique qu’il l’avait imaginé. « Je crois que c’était la première fois qu’on faisait intrusion dans ce lieu où l’on choisit les fictions, or l’idéologie, aujourd’hui, se glisse parfois davantage dans les fictions que dans les informations. » Dans un tout autre registre, il a écrit et réalisé un film sur les traces de la guerre de 14, traces physiques comme psychiques, lesquelles lui paraissent plus profondes et persistantes qu’on le constaterait à l’œil nu. Un autre fut consacré à La Fontaine, non sans grandes difficultés : « Cela aussi, c’est une grande leçon sociale et esthétique, qu’on ne puisse pas compter sur le service public pour monter un film sur l’un des auteurs français les plus monumentaux, pourtant phare de l’école publique, et qu’il faille se débrouiller avec des bouts de ficelle. » Heureusement, une autre chaîne s’engage et le film éclot : La Fontaine par cœur sur Wéo (télé des Hauts-de-France). [...]
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